• 05 - Des silences à la pelle

    - …

    - …

    - …

     

     

    Nos propos venaient de se croiser à la perfection, débouchant sur un silence analytique et embarrassé, le temps que chacun d'entre nous percute ce qu'il venait d'entendre de la part des autres. Puisque je suis sympa, je vous retranscris tout cela :

     

    Moi (toujours au sol, me tortillonnant: - Excellent ! Nous v'là libres !!! Déligottez-nous vite !

    Samilduerg : - Oh tiens, rebonjour à vous, Dame.

    La Concierge (exaspérée par mes cris) : - Vous allez vous calmer, un peu ?!

     

    Le calme s'était donc effectivement fait, probablement pour la plus grande joie de notre amie qui détestait l'agitation vaine et bruyante, ce qui se comprenait tout à fait. Étant moi-même d'une nature exubérante, il m'arrivait quelques fois de me laisser emporter dans l'ivresse d'une idée quelconque et d'alors franchir ses limites... ce qu'elle ne manquait pas de venir me rappeler en gravissant furieusement les escaliers, peu importait l'heure.

     

    En l’occurrence, j'en étais très heureux puisqu'elle allait pouvoir nous tirer de là. Avec émotion, je me promis d'être un peu moins sonore, à l'avenir.

     

     

    Cependant, il me semblait bien être passé à côté de quelque chose durant les dernières secondes qui venaient de s'écouler. Un détail, une miette dérangeante... qui se révéla soudain, provoquant un frisson glacé le long de mon échine mollassonne.

     

    ''Rebonjour'' ?!

     

    … Ne m'avait-elle pourtant pas dit n'avoir pas croisé Samil' ?

    Non, mais, ça ne veut absolument rien dire, tentai-je de me convaincre tout en ayant déjà accepté l'évidente vérité : constituée de petits morceaux qui venaient de s'imbriquer parfaitement, elle était appuyée lourdement par le simple fait que depuis son arrivée, la concierge n'avait pas ébauché le moindre geste afin de nous libérer . Au contraire, elle s'était contentée de me contourner afin de ramasser le Topinambour, qu'elle observait à présent d'un air songeur.

     

    Je m'éclaircis faiblement la gorge :

    - Dites, hem... Je... je suis pas en retard sur le paiement du loyer, hein ? Et j'ai été calme ces derniers temps, non ?

    Un silence pesant fut son unique réponse. Décidément.

     

    Sans me laisser démonter, j’enchaînai :

    - Non mais, je suis confus, là, je crois pas avoir fait de truc qui justifie de m'assaillir et séquestrer, si ? Et encore moins Samil' ?! Enfin, si, c'est l'appât idéal pour moi, mais c'est un peu scandaleux quand même ! Je pige pas, en plus on s'est toujours bien entendus vous et moi, vous m'avez appris des trucs de plantes et moi de musique, on a même fait une ratatouille ensemble une fois c'était très sympa-

    - LA FERME, OSTHINSE !!!

     

    Ouch. Comme si on venait de faire claquer un fouet dans la pièce, je me tus aussitôt.

     

    À la façon dont elle jaugeait le Topinambour depuis tout à l'heure, je devinai que ce ridicule tubercule devait être la cause de tout ces agissements inhabituels. Mais si elle le voulait tant, il lui suffisait de garder le colis pour elle, pourquoi diable me l'avoir remis ? Et tout ce plan à base d'enlèvements et de coups sur le crâne ?!

    Il restait des recoins d'ombres sur tout cette situation, que je m'efforçai de comprendre seul puisque notre assaillante ne daignait visiblement pas sortir de ses propres pensées pour le moment, et encore moins en être tirée à coup de questions mitraillées.

     

    - Est-il vrai, Osthinse, que suis l'appât idéal pour toi ? s'enquit alors Samil' d'une voix naïve, jugeant apparemment le moment adéquat pour ce genre de question.

     

    N'osant ouvrir la bouche, de peur de me faire cogner par mon ex-concierge préférée si je proférais un mot de plus, je me contentai de fulminer intérieurement. Mais quel ramassis de... de n'importe quoi ! Quelle était cette aventure dans laquelle nous nous retrouvions embringués là ?! Et Sam' qui ne trouvait rien de mieux à faire que de relever un propos embarrassant que j'avais lâché sans réfléchir, comme si nous étions tous gentiment en train de prendre le thé ! Considérée dans sa globalité, cette histoire était vraiment stupide, j'espérais bien en filer le plus possible.

     

    Les pieds de la concierge entrèrent dans mon champ de vision.

    - Bon, Osthinse.

    Glrps.

    Elle s'accroupit pour être plus proche, et en devint d'autant plus menaçante. Il était très étrange de voir une différence aussi abyssale entre la concierge que je connaissais (enfin, croyait connaître, visiblement) et la personne qui se penchait à présent sur moi.

    - Il va falloir se montrer coopératif. Je ne vais pas y aller par mille détours.

    - Heu... O-oui ? Qu'est-ce qu'il vous faut ? balbutiai-je.

    - L'activation de ce Topinambour.

     

    Oh. Une pièce du puzzle en plus.

    Effectivement, seul le propriétaire légitime d'un Topinambour Enchanté pouvait l'activer pour sa toute première utilisation, le faisant ainsi passer d'un simple tubercule aux couleurs chatoyantes, à un artefact magique aux propriétés étonnantes. Une fois activé, cependant, n'importe qui était en mesure de s'en servir, sous réserve de savoir s'en servir.

    Mais tout de même, les Topinambours Enchantés ne constituant pas une denrée rarissime, l'attitude de notre agresseuse n'était toujours pas justifiée. Je décidai de jouer les effrontés, dans l'espoir d'en apprendre un peu plus.

     

    - Vous avez qu'à vous commander le vôtre, je vois pas pourquoi je vous laisserais vous servir du mien, surtout après un traitement pareil !

     

    Un énième silence suivit ma déclaration. Malheureusement, c'était un silence de type glacial et implacable, qui ne souffrait aucune explication venue d'en face, et gela toute envie supplémentaire de rébellion de ma part.

     

     

    La concierge se releva, puis me releva à mon tour avec une aisance outrageante, et me fit pivoter de façon à ce que je puisse voir Samilduerg. Qui, lui, me tournait le dos. Je n'aimais pas bien la direction que tout ceci prenait. En général, ce genre de gestes et positionnements débouchait sur la torture de l'être cher. Je commençai à n'en mener vraiment pas large ; les solutions que j'envisageais depuis le début me claquaient toutes la porte au nez une par une... et on ne pouvait pas dire qu'il y en eût pléthore à la base, étant donné que c'était la première fois que me retrouvais dans un merdier pareil.

     

    Mon regard affolé se porta sur le dos de Samil'. Puis sur ce que cette vile concierge venait de tirer de derrière le canapé.

    - Ma tête d'orque ! glapit Sam' avec un trémolo de joie dans la voix.

     

    La concierge lui adressa en retour un sourire qui n'augurait, à mon avis, rien de bon ; puis elle fit un second aller-retour vers le canapé, et en revint avec une mallette métallique qui, elle aussi, n'augurait rien de bon du tout. Elle la déposa sur une table branlante, à côté de la tête d'orque et du Topinambour, et s'installa à son tour tranquillement, nous faisant face telle, à elle toute seule, un jury de concours d'entrée dans une école d'arts.

     

    ''Sklik'' fit la mallette à l'ouverture. Un son sec, et tout aussi chaleureux que l'ambiance qui régnait en maîtresse dans mon pauvre appartement.

     

    À l'intérieur étincelaient une multitude d’ustensiles, qui semblait résulter du mélange inquiétant entre un tiroir de cuisine, une boîte à outils, et la sacoche d'un chirurgien véreux.

    - Ma tête d'orque ! couina Sam' avec un trémolo de terreur dans la voix.

     

    Un silence.

     

    Elle s'appliquait à porter son choix sur un premier ustensile.

    Samil' gémissait doucement en imaginant sans doute ce qu'allait subir son trésor.

    Et une solution, plus coopérative que les autres, consentit alors à m'ouvrir sa porte.

     

     


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  • Épisode 04 - Où Osthinse commence à en avoir ras-la-couenne...

     

    Lorsque je rouvris les yeux, ce ne fut ni sur une lumière aveuglante, pas plus que sur une obscurité inquiétante, mais bel et bien sur une luminosité tout à fait correcte. Néanmoins, il me fallut quelques secondes avant d'y voir un peu moins flou.

     

     

    C'est en voulant frotter mes mirettes que je découvris que cela m'était impossible, étant donné qu'une corde reliait étroitement mes deux poignets au dossier d'une chaise sur laquelle j'étais installé. De même pour mes gambettes. Au fond, cela n'avait rien d'étonnant de se retrouver attaché ainsi après avoir été assommé. C'était même d'un cliché affligeant. Et peu agréable, il fallait le dire ; j'ignorai depuis combien de temps m'était infligée une telle posture, mais je sentais déjà la morsure des liens dans ma peau soyeuse.

     

    Ma vision ayant retrouvé toute sa netteté, je pu constater avec perplexité que je me trouvais toujours dans mon appartement. Bon. Au moins étais-je en terrain connu, même si cela ne représentait aucun avantage dans la présente situation.

     

     

    Je lâchai un grognement courroucé, auquel il fut répondu :

    - Hé, enfin sorti des vapes ?

    - … Que le que gneh, marmottai-je tout en plissant les yeux et détaillant la pièce, sans obtenir plus d'éclaircissements.

    - Derrière toi, triple buse...

    - Oh ! Samil' ? C'est bien toi ?! Attends, comment tu veux que je regarde derrière moi alors que je suis saucissonné de partout ?

    - Hum, il est vrai, mes excuses.

    - …

    - …

    - Bon, y s'passe quoi ? Avant de me faire exploser l'arrière du crâne, il me semble bien que je t'ai vu inconscient et tout aussi ligoté à une chaise que moi ?

    - Tout à fait.

    - Et... tout aussi paumé que moi ?

    - Exactement. À vrai dire, au travers des brumes de l'incompréhension je comptais régulièrement sur un sauvetage de ta part, mais visiblement ton encombrante tignasse s'est révélée bien inutile, si elle n'est même pas capable d'amortir les chocs.

    - Hé, oh, elle perd de son efficacité quand elle est trempée comme ça, c'est tout ! Et puis on en cause, de l'andouille qui se fait enlever en plein milieu d'une salle de ciné ?!

    - Alors là, je me dois d'apporter des précisions afin de rétablir mon honneur : on ne m'a point enlevé à la vue de tout le monde. J'ai été attiré, de la façon la plus lâche possible, dans une ruelle attenante et déserte, avant d'être assommé et visiblement traîné jusqu'à chez toi.

    - Attiré avec quoi ?

    - … C'est embarrassant. Je préfère taire cette information.

     

     

    Un soupir exagéré s'échappa de mes lèvres. Connaissant -trop bien- mon ami, on l'avait sans nul doute appâté avec des stickers de haricots, une photo d'orque, ou n'importe quelle babiole du style. Il n'était pas bien difficile d'être renseigné sur les passions dévorantes de Samil', et son incapacité à résister à quoi que ce soit en rapport avec l'une d'entre elles.

     

    - Dis, tu sais si on est tout seuls, là ?

    - Il semblerait. J'ai émergé il y a peu, et n'ai point vu âme qui vive.

    - Hm. C'est chelou.

     

    Je commençais à me trémousser d'impatience sur ma chaise : non seulement, on nous faisait louper notre tant attendue séance de cinéma, mais en plus on s'en prenait à mon meilleur ami, puis à moi, et dans mon PROPRE appartement ! Et pour finir, on nous laissait poireauter là, étroitement liés à du mobilier ?! Scandaleux. D'autant plus qu'il ne s'agissait vraiment pas des chaises les plus confortables de mon logement, au fond j'étais certain que notre (ou nos ? ) agresseur l'avait fait exprès.

     

    - Peut-être sont-ils allés aux toilettes, comme toi, théorisa Samilduerg dans mon dos. Après tout, c'est le genre de besoin naturel auquel personne ne peut résister.

    - Aux toilettes ? m'étranglai-je alors. Dans MES toilettes ?!! Alors ça ! J'aimerais bien voir ça, tiens !!! C'est hors de question !

    - Cesse de t'agiter ainsi, me prévint Samil', si tu continues, tu risques de-

    Un grand -VLAM- le coupa, alors que je m'étalai sur le flanc comme un gâteau au démoulage lamentablement raté.

    Je laissai échapper un couinement de douleur lorsque celle-ci explosa dans mon pauvre bras gauche, qui avait encaissé tout le poids de mon corps. Et de la chaise. Qui, en plus d'être inconfortable, était également lourde. Et diablement laide. En fait, je n'avais même pas la moindre idée de ce qui avait bien pu me pousser à la garder chez moi jusque-là. Sans doute une sorte de pitié mobilière. Une chose était sûre : une fois Samil' et moi tirés de là, ces chaises filaient direct aux Puces.

     

    - Osthinse, ça va ?

    - Hahaha ! À merveille !!! Excellent ! Ça te dit qu'on s'ouvre une bouteille de Limenth, pour parfaire la soirée ?

    - Calme-toi, allons. Tu vas finir par te blesser dans ta confusion, tenta de tempérer Samil'.

    - C'est toi, la confusion !!! Mes bornes sont franchies, ça suffit !

     

    Dans un élan rageur et plutôt irréfléchi, j'entrepris alors un début de reptation, lente, très lente, en direction des toilettes. Si la personne qui nous avait foutu dans cette situation était effectivement en train de...

    Je m'interrompis, sentant soudain un objet coincé entre mon corps et le sol. Cela semblait se trouver dans l'une des poches de mon manteau.

     

    - Oh ! Le Topinambour ! Bordel de queue !

    - Plaît-il ? s'enquit Samilduerg, qui n'avait pas renoncé à tenter de comprendre mes agissements.

    - J'ai reçu mon Topinambour Enchanté, tout à l'heure ! On peut s'en servir pour se sortir de là !

    - Vraiment ?

    - Vraiment ! Voyons... Si je me tortille suffisamment de cette façon, pour le faire sortir de ma poche... Aïe ! Pfff... Ah ! Voilà !

     

    Le tubercule roula gentiment sur le parquet avant de s'immobiliser à mes côtés, sans rien faire de plus. Lui adressant un regard implorant, je m'apprêtais à proférer les mots magiques permettant de l'activer, lorsque la porte d'entrée s'ouvrit soudain à la volée.

     

    - MA PORTE !!! gueulai-je, passablement agacé du taux record de non-gênés en si peu de temps.

    - Osthinse ?! Mais que fabriquez-vous ainsi au sol ?!

     

    Oooh, ma concierge préférée.

    En cet instant, je la préférais plus encore qu'à l'accoutumée, ce qui n'était pas peu dire.


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  • Épisode 03 - Parapluieteries, cris divers et variés

     

     

    13, 14, 15, 16, 17, …

     

    Désespéré, je m'étais machinalement mis à compter les truites de ville qui remontaient le long des caniveaux. Il me fallait de quoi me calmer.

     

     

    Le cinéma était à présent fermé depuis un quart d'heure, quart-d'heure que je venais de passer bêtement sous l'imposant auvent de l'entrée, à l'abri d'une sacrée ramasse qui s'était amenée en traîtresse et persistait à tomber. Quelques cinéphiles s'attardaient également, discutant de leur visionnage tout frais. Personne n'était encore passé allumer les réverbères, on ne se presserait sans doute pas. Et toujours aucune trace de Samilduerg.

     

    Les hypothèses les plus rationnelles étaient désormais écartées, pour la plupart.

    J'avais fouillé les sièges de la salle et interrogé les personnes les occupant, m'attirant quelques remontrances courroucées ou réponses peu concernées ; puis retourné le reste du bâtiment, questionné le personnel, auprès duquel Samil' et moi étions loin d'être étrangers ; arpenté les rues alentours et les petits commerces, … avant de me faire surprendre par la pluie.

     

     

    Restait qu'il avait pu rentrer chez lui et qu'il me suffirait de remonter la rue pour le trouver bien au sec, dans son prétentieux appartement ; peut-être s'était-il sentit fort mal juste avant la séance, après tout. Oui, voilà. Et s'il n'était pas chez lui, alors il était chez moi, à fouiller dans ma collection de contriangles et à en tirer des notes irritantes (ce n'était pas faute de lui avoir enseigné maintes et maintes fois la façon d'en jouer, hélas). Ces idées me redonnèrent assez de confiance pour affronter les trombes de flotte céleste. Sacrediou, nous faire louper la première séance du tout dernier film d'A. Lzieshg, j'allais lui faire entendre mes grincements les plus odieux, à cet anchois de Samil' !

     

    Mon logement étant le plus proche depuis le cinéma, je décidai d'y passer d'abord ; parce qu'après tout, il y avait de plus grandes chances que Samil' soit rentré chez lui plutôt que chez moi, aussi, organiser mes recherches dans cet ordre était rassérénant. Je ne serais pas inquiet si je trouvais mon chez-moi vide... mais si l'appartement de mon ami l'était tout autant... non, inutile d'imaginer l'inimaginable pour le moment. Je me ruai de plus belle jusqu'à l'étroite rue où j'habitais.

     

     

    ''IÊiRKS ?!!! '' fut, à peu près, l'incroyable cri que mon apparition dégoulinante arracha à la concierge de mon immeuble. Il ne devait effectivement plus rester grand-chose de mon habituelle carrure noble et hardie.

     

    - Osthinse, c'est vous ?! … Bon sang, vous ne ressemblez absolument à rien, pendant un instant je vous ai pris pour un vieux parapluie géant !

    - Oui, il tombe une pluie torrentielle et j'en avais pas, de parapluie, 'fallait bien que je rentre à un moment ou un autre. Dites, par hasard, est-ce que Samilduerg serait passé, dernièrement ?

    - Pas que je sache, mais je n'ai pas toujours porté mon attention sur l'entrée, alors ne prenez pas ma réponse pour absolue.

     

    Je la remerciai d'un air lugubre et commençait à monter les escaliers, lorsqu'elle m'interrompit :

     

    - Attendez ! Je n'ai pas eu l'occasion de vous croiser ce matin, alors je vous le remets seulement maintenant, vous avez reçu ce colis.

     

    Je la remerciai à nouveau et m’emparai du petit et sobre paquet qu'elle me tendait, m'interrogeant un instant sur son possible contenu avant de me rappeler de ce que j'avais commandé il y avait quelques semaines de cela. Tout en montant les marches d'une façon absente (et propice à une bonne gamelle), je déchirai doucement l'emballage pour révéler, soigneusement emballé, un tubercule grossier, irrégulièrement parsemé de protubérances, et à la couleur bleu nuit piquetée de taches plus claires figurant des étoiles : un Topinambour Enchanté.

     

    D'ordinaire, j'aurais glapi d'enthousiasme à l'idée de l'avoir finalement entre les mains, mais pour l'heure toutes mes pensées étaient occupée par le cas incertain de mon ami. Je fourrai le Topinambour dans une poche de mon informe manteau et, dans une autre, piochai les clefs de mon appartement sur le palier duquel j'étais enfin parvenu. Je galérai quelques secondes avec la serrure avant de réaliser : la porte n'était pas fermée... Je l'ouvris subitement en grand et gueulait :

     

    - SAMIL' !

     

    Puis :

     

    - ESPÈCE DE ?!

     

    Et enfin :

     

    - ACK !!! lorsqu'un choc au niveau de mon crâne s'assura de m'expédier directement dans de lourdes vapes.

     


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  • Épisode 02 - L'excitation s'élève, les fessiers s'abaissent.

    Ça y est, on s'est calmé ?!

    Hrm.

     

    A. Lzieshg, donc , était à l'origine des films les plus extraordinaires qu'il aie été donné de voir à n'importe qui de notre époque.

     

    Mon enfance avait notamment été bouleversée par la découverte de « Où iront les nichikriyas ? », laquelle avait été suivie du visionnage avide des autres de ses œuvres.

     

    Elle avait une incroyable capacité à mélanger tous les tons existants pour en tirer des histoires à couper le souffle, mais aussi le beurre, les ponts, le sifflet des critiques acerbes, les cheveux des spectateurs en quatre parts bien égales, voire même parfois, le courant des salles obscures dans lesquelles étaient projetées ses œuvres tant elles étaient d'une intensité insoutenable.

    Dans une interview, elle avait déclaré que le fait que sa mère fût une coutelière hors

    paire, et la conjointe de cette dernière une excellente conteuse, avait sans nul doute grandement influencé sur sa carrière.

     

    Lorsque j'étais encore un charmant enfant, je me souviens avec émotion avoir reproché à mes propres parents de n'exercer aucune de ces deux professions, y voyant là la raison à mon évident manque de talent pour la réalisation de films.

    Plus tard, j'avais bien entendu fini par réaliser la stupidité de cette rancœur : que ma mère soit fourchettière et mon père porté disparu après une opération des dents de sagesse ne changeait rien à l'éducation tout à fait correcte qu'ils m'avaient prodigué.

     

     

    Le temps passant, mes rêves de réalisateur avaient rejoint le placard cérébral des vieux rêves d'enfant terrassés par la vision des choses en face, mais ma passion dévorante pour la filmographie d'A. Lzieshg n'avait fait que flamber de plus belle. Je lui vouais une admiration réelle et sincère, sachant apprécier les forces, mais aussi reconnaître les défauts de ses réalisations. J'avais visionné le moindre de ses quasi-introuvables courts-métrages de jeunesse. D'épais classeurs et cartons regroupaient la moindre interview la concernant. Les lire m'ouvrait l'esprit sur toujours plus de nouvelles choses, d'autres façons de penser, d'envisager encore différemment le monde et les personnes m'entourant. Ses films et ses mots étaient comme d'innombrables lentilles remodelant encore et encore notre vision de base.

     

    C'est au court d'une réunion de fans que j'avais fait la rencontre de Samilduerg, ce drôle d'énergumène. Mais je reviendrais sur cette anecdote une autre fois ; aussi croustillante soit-elle, il nous faut pour le moment revenir à l'histoire principale.

     

     

     

    Je posais avec entrain mon fessier dans l'un des fauteuils de la salle, et m'y tortillais soigneusement afin de m'assurer un confort parfait et longue durée.

     

    Nous venions enfin de pénétrer dans la salle de cinéma, et parmi les premiers, en plus ! Ce qui nous laissa le doux privilège de choisir les places les plus adéquates, celles bien au centre. Quelques secondes plus tôt, Samilduerg et moi partagions encore une conversation enthousiaste, mais à présent, l'heure n'était plus aux mots, mais à ce délicieux silence d'euphorie intérieure qui débordait à travers nos yeux brillants et nos sourires XXXL. Je me sentais entre la cocotte-minute et la chenille sous LSD. Il était difficile de ne pas jinguer, mon regard se portait sur la moindre chose m'entourant, sans rien observer pour autant, rebondissant d'un mouvement à l'autre, revenant sans cesse sur les petites lumières du plafond, quand allaient-elles donc s'éteindre progressivement, quand les discussions allaient-elles être remplacées par un silence d'excitation partagée, quand le grand rectangle blanc allait-il se parer de couleurs, et ce n'était pas possible, je ne pouvais pas avoir envie d'aller aux toilettes, pas maintenant ?!!

     

    Mais si, je devais bien me rendre à l'évidence : ma vessie, cette traîtresse, se manifestait soudain !!!

     

    Je m'étais pourtant assuré de passer plusieurs fois aux toilettes avant notre départ pour le cinéma, et n'avait rien bu depuis la veille ! Comment était-ce possible ?!

    Je tentais de me contenir, de me dire qu'avec assez de conviction, cela finirait bien par passer, mais les secondes filaient et tout cela devenait particulièrement insupportable. Samilduerg sembla remarquer que la raison de mes tortillonnades n'était plus la même qu'au début, et me jeta un regard interrogateur. Je n'y tins plus.

     

    - Garde-moi la place, tu veux ? Ça presse !

     

    - Oh, se contenta t-il de répondre, avant de placer la tête d'orque sur le siège que je venais de quitter. On pouvait toujours compter sur Sam'. Il était un peu comme le Josaphat de Métropolis.

     

    Comptant bien être revenu à temps avant le début du film, je me glissais furieusement entre les derniers arrivants ; la salle était désormais bien remplie, et les conversations occupaient l'espace restant au dessus des têtes.

     

    Je déboulais dans le hall d'entrée, repérait vivement le sigle des toilettes, repartait en ayant de plus en plus de difficultés à avancer avec régularité au fur et à mesure de l'urgence. Une fois parvenu dans l'espace des sanitaires, j'abandonnais toute dignité sur le palier, et c'est après quelques pas des plus ridicules qui soient que, cette fois-ci, je posais avec entrain mon fessier sur le trône reluisant de propreté (ce cinéma n'étant pas n'importe quel cinéma ! Allons, quelle image aviez-vous donc de moi jusque-là, mh ? ).

     

    Quelques soupirs d'aise et un renfroquage-éclair plus tard, je traversais à nouveau le hall en toute hâte, savourant de pouvoir désormais me mouvoir avec une filante aisance. Un sourire triomphant s'étalait avec insolence sur ma face.

     

    La porte battante ! Je m'aplatis dessus et passait dans la salle ! La salle ! Qui, soulagement intense, était encore illuminée ! Les conversations toujours aussi animées ! Combien de temps avais-je donc mis à pisser ? C'était sans doute un record foudroyant, j'aurais dû demander à Samilduerg de me chronométrer, cela m'aurait fait une raison supplémentaire de me vanter au cours des...

     

     

    Mon regard se posa machinalement sur nos places... occupées par deux personnes que je ne connaissais pas du tout.

     

    Samilduerg. La tête d'orque.

     

    Il n'y avait plus aucune trace de ces deux-là.

     


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  • Épisode 01 - De l'action des des frites !!!

     

    J'ai choisi cette œuvre car hier, une frite m'a sauté dans l’œil.

     

    Je ne savais plus quoi faire, j'étais terrorisé. L'accident était si soudain ! Même pas de temps pour rédiger mon testament ! D'autant plus que, dû à la brûlure de l'huile, ma vision est altérée. C'est abominable. Certes, mon cerveau était altéré bien avant ça, mais tout de même, qui aurait cru qu'une simple frite... Oui, une frite... ce petit bâtonnet de pomme de terre cuite, si arrogant, si traître ! Crève en enfer !!! JE BRÛLE ! JE BRÛLE !!! AGONIE DE MON ÂME ! LE DERNIER SOUFFLE DE VIE SE FAIT LA MALLE POUR DE LOINTAINS PÉRIMÈTRES PLUS SÛRS !!! REVIENS ! NON ! AH ! SAMILDUERG ! Hmmmm, Samilduerg... Mon vieil ami... Tu m'avais pourtant mis en garde mais comme toujours, je ne t'ai pas écouté...

     

    Mais le temps n'est plus aux chouinades. Je n'ai guère le choix, d'autant plus que ces enfoirés viennent de débarquer dans la pièce, envoyant voler la malheureuse porte au passage. C'était une si jolie porte pourtant, et aimable... Je me retrouve parfaitement encadré de canons de flingues. La douleur infligée par la frite semble soudain dérisoire en comparaison de ce qui m'attend si je ne m'échappe pas rapidement.

     

    Une seule issue : la fenêtre, comme toujours dans ce genre de situation.

     

    Je m'y jette, le picotis des éclats de verre est délicieux, je vole dans les airs au ralenti, encerclé par les autres frites et les balles, en fond sonore résonnent les douces insultes de ceux que je laisse derrière moi. Nous tournoyons tous ensemble dans un magnifique ballet aérien, d'huile et de métal. Le soleil est à son zénith et, sa lumière m'aveuglant, je plisse un peu les yeux. La frite coincée dans mon œil gauche s'y enfonce un peu plus. Je vais sans doute le perdre.

     

    Je vois le sol de béton s'étaler sous moi à quelques mètres de là, tel une grosse flaque grisâtre. Finalement, perdre mon œil paraît un malheur quelque peu anodin, à côté de l'état dans lequel je vais me trouver d'ici une dizaine de secondes une fois que j'aurai achevé ma chute. Dire que je n'ai même pas pu emporter un de ces connards avec moi. Je m'accorde un soupir, dans ma lente retombée, avant de poser le regard sur les frites qui m'entourent, et de repenser aux circonstances qui m'ont amené à cette situation déplorable. Samilduerg m'avait prévenu, oui, il me prévient toujours...

     

     

    - - -

     

     

    - Je te préviens ! râla Samilduerg, si tu continue à faire cette tête, je pars devant sans toi et tu ira voir le spectacle en la seule compagnie de ta bouderie !

     

    Je restai renfrogné, bloqué sur le fait que mon ami était en tord, quand bien même je savais pertinemment qu'il avait raison comme les cent-pour-cent du temps. Bouder est toujours une question de fierté, et de la fierté, j'en avais à revendre ! De la ténacité aussi, d'ailleurs. Fierté et ténacité, un mélange dur comme fer qui me permettait de ne jamais flancher. Parfois cela s'avérait fort utile, et parfois fort idiot, comme dans la situation présente, d'ailleurs.

     

    Nous nous étions querellés à propos de l'adjectif qui convenait le mieux pour décrire la brise qui nous caressait la peau en ce soir d'été urbain. Je m'accordais à dire qu'elle était suave, tandis que Samil' soutenait qu'elle était plutôt satinée. Notre conversation, tournant en rond comme un fauve en cage, augmentait de volume au fur et à mesure que nous opposions nos arguments, et les gens se retournaient à notre passage, certains amusés et d'autres interloqués. Peut-être étaient-ils aussi interloqués en raison de la tête d'orque que Samilduerg portait sous son bras. Au moins ne l'avait-il pas enfilée, ce qui lui permettait de débattre plus efficacement avec moi.

     

    - Mais ne trouves-tu pas qu'elle approche la texture du satin ? Renchérit Samilduerg de plus belle tandis que nous traversions un passage clouté entre deux tacots pétaradants.

    - Je ne crois pas, noooon, soutenais-je sottement. Après tout, l'adjectif « suave » s'y prête bien plus étant donné qu'il s'agit d'une sensation proche de l'abstrait !

     

    Je me perdais dans mes propres arguments, mais peu m'importait, tant que j'avais le dernier mot. Hélas, au bout de quelques minutes Samil' parvint à faire tomber mes dernières défenses (il était bien la seule personne à pouvoir y parvenir avec autant d'aisance, je me dois de le préciser), et j'entrepris de me claquemurer dans un silence rageur, arborant la mine la plus contrariée et renfrognée qu'il m'était possible de faire. Cela me vaudrait sans doute une avancement de l'arrivée de mes rides mais je m'en moquais bien, tant que je montrais toute ma contrariété.

     

    Samilduerg me prévint alors, mais nous arrivions à l'entrée du cinéma, appréciable bâtiment tout de rouge noble peinturluré, et à l'entrée rehaussée par de jolies dorures détaillées, tout cela était croquignolet huhu. Je consentis à me désenfrogner un peu, seulement pour éviter que mon ami ne me laissa planté là comme un imbécile (c'est qu'il en était parfaitement capable, le traître ! ).

     

    Nous nous rangeâmes dans la file tels des cartes dans un paquet, et n'échangeâmes aucun mot, aucun regard durant le temps que nous mîmes à parvenir au guichet, où nous demandim... demandât... où on prit nos tickets pour le film que nous étions venu voir.

     

    Et quel film !

    Samil' et moi l'attendions depuis un an déjà, sans que notre hâte ne perde jamais en intensité ! À présent que nous étions sur le point d'enfin le visionner, nous tremblions d'excitation et bientôt, j'oubliais ma bouderie pour de bon et engageait une conversation animée et joyeuse avec mon ami.

    Il s'agissait du prochain chef d’œuvre de la réalisatrice A. LZIESHG, et... oui, je sais, il ne se passe rien d'intéressant depuis tout à l'heure mais LAISSEZ-MOI ÉCRIRE BON SANG !!! Ou sautez des pages, quoi, je n'y peux rien si vous ne savez même pas apprécier mon art de la narration !

     


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